Réunie par l’ASMEX, la communauté des exportateurs a arrêté ses priorités fiscales pour le Projet de Loi de Finances 2027. Elle en retient quatre. D’abord, un délai de remboursement du crédit de TVA opposable à l’administration. Ensuite, un allègement de la charge de travail liée aux obligations fiscales introduites au cours des dernières années. Puis un circuit dédié aux primo-exportateurs. Enfin, une future tarification carbone marocaine conçue dès l’origine pour s’articuler avec le mécanisme carbone européen.

Casablanca, le 29 septembre 2026. L’exportateur marocain vend en exonération de TVA, mais il acquitte la TVA sur ses achats. Il se trouve donc structurellement créditeur de l’État. Ce constat a ouvert la rencontre-débat organisée au siège de l’ASMEX dans le cadre des « Matinales de l’export ». Elle était animée par Abdelkader Boukhriss, Vice-Président de l’ASMEX.

L’objectif était de transformer les contraintes vécues par les entreprises en propositions précises. Elles seront portées auprès des pouvoirs publics dans la perspective de l’examen du PLF 2027.

« L’exportateur paie la TVA sur ses intrants et vend à l’étranger en exonération. Tant que son remboursement n’obéit à aucun délai certain, c’est sa trésorerie qui finance l’écart, au détriment de ses investissements et de la conquête de nouveaux marchés. Certes, l’Administration Fiscale a amélioré le rythme de remboursement des crédits au cours des dernières années, Toutefois, l’introduction d’un délai opposable assorti d’intérêts moratoires ne serait pas un privilège : c’est la règle du jeu que toute entreprise serait en droit d’attendre. Et sur le carbone, notre message est simple : le jour où le Maroc instaurera sa tarification, elle devra être pensée en articulation avec le mécanisme européen, pour que l’exportateur ne paie pas deux fois. » Abdelkader Boukhriss, Vice-Président de l’ASMEX

Trésorerie et charge administrative : de la prévisibilité

La proposition centrale est un délai de remboursement du crédit de TVA opposable à l’administration. S’il est dépassé, des intérêts moratoires seraient dus. Un dispositif approprié serait réservé aux primo-exportateurs, pour qui la trésorerie est souvent la contrainte la plus immédiate au moment où ils engagent leurs premières opérations à l’international.

Pour l’entreprise, l’enjeu est la prévisibilité : savoir quand elle récupérera des ressources aujourd’hui immobilisées au lieu d’être investies.

La même exigence vaut pour les obligations déclaratives. L’introduction du principe de retenue à la source, récemment, a alourdi la charge de travail des équipes comptables des entreprises. Les participants ont insisté sur un point : une digitalisation de l’administration qui ajoute des obligations sans en retirer manque son objectif.

Carbone : concevoir la tarification marocaine en regard du MACF

71,4 % des exportations marocaines sont destinées à l’Europe (Office des Changes, 2024). Ce que l’Union européenne décide en matière de carbone se répercute donc directement sur l’accès des entreprises marocaines à leur premier marché.

Le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) est entré dans son régime définitif le 1er janvier 2026. Il vise notamment le ciment, le fer et l’acier, l’aluminium et les engrais. Une extension à certains produits en aval est en cours de négociation au niveau européen pour 2028. Son périmètre n’est pas encore arrêté. Au Maroc, la tarification carbone prévue par la loi-cadre n° 69-19 n’est pas encore instaurée.

L’ASMEX ne demande pas une taxe carbone. Elle demande que, le jour où le Maroc instaurera sa tarification, celle-ci soit conçue pour s’articuler avec le MACF. Le règlement européen permet en effet de tenir compte, sous conditions et sur justificatifs, d’un prix carbone effectivement acquitté dans le pays d’origine. Une tarification bien conçue éviterait à l’exportateur une double charge. Elle permettrait aussi de conserver au Maroc une part de la valeur liée au carbone et d’accompagner les entreprises dans la mesure et la réduction de leurs émissions.

Primo-exportateurs : élargir la base exportatrice

Au-delà des entreprises déjà installées à l’international, la rencontre a porté sur les moyens d’amener davantage de PME vers l’export. Plusieurs leviers ont été examinés : une meilleure mobilisation de la Charte de l’investissement, les dispositifs de soutien à la recherche et développement, et des mécanismes ciblés pour diversifier les débouchés.

Prochaine étape : objectiver par les chiffres

Pour étayer ses propositions, l’ASMEX lancera auprès de la communauté des exportateurs une remontée chiffrée sur les montants de crédit de TVA immobilisés et les délais de remboursement effectivement constatés. Les contributions recueillies alimenteront les propositions que l’ASMEX portera auprès des pouvoirs publics dans le cadre du PLF 2027. Leur objectif est de faire de la fiscalité un levier de compétitivité internationale, et non un coût d’accès aux marchés.